LES MILLE VIES DE VALENTIN


roman jeunesse de Thierry Cazals

illustrations de Julia Chausson


édition du Jasmin, 2010

64 pages, 12 euros


LES MILLE VIES DE VALENTIN n’est ni un roman à tendance réaliste (ancré dans les situations et les décors de la vie contemporaine) ni un roman d’aventures à tendance épique ou fantastique. L’auteur propose aux jeunes lecteurs d’explorer les coulisses de la réalité avec les yeux de l’imaginaire.

Le livre met en scène un garçon d’une dizaine d’années confronté à la séparation de ses parents et l’absence — au départ inexpliquée — de sa mère. Très vite, le récit quitte le cadre du quotidien pour plonger dans l’inconscient de l’enfant, un monde onirique troublé où les différents personnages croisés sont autant d’échos à sa situation familiale. Ce voyage à la lisière de la réalité et de l’imaginaire offre à Valentin la possibilité d’une découverte de lui-même et d’une réconciliation.

Ce roman se veut également une réflexion sur la place de plus en plus grande du virtuel dans la société actuelle. Cette fuite dans des « ailleurs » artificiels se double souvent chez les jeunes d’une difficulté à vivre leur propre existence au quotidien et faire face à leur mal-être émotionnel.


Valentin se sent bien seul. Sa mère a quitté la maison et il vit avec son père, illustrateur de livres pour enfants, très accaparé par son travail, qui a donc peu de temps à consacrer à son petit garçon de dix ans. Valentin s’ennuie et rêve d’autres vies, où il y aurait de l’aventure, des rencontres, des personnages insolites. Il voudrait échapper à sa triste réalité, il voudrait devenir cow-boy ou bien clown. Mais son père, un monsieur trop sérieux, lui explique que « la réalité, il n’y a que ça de vrai. » et, pour étayer son propos, lui confie un dictionnaire. Un dictionnaire, c’est du sérieux, du vrai ! Pas si sûr... Parce que le dictionnaire illustré est une porte ouverte et ses mots déclenchent l’aventure, le rêve, l’imaginaire : Valentin découvre un cow-boy qui sait dompter les arcs-en-ciel, un crocodile bavard perché sur des échasses, une araignée qui se nourrit des images qu’il fabrique dans son inconscient…

Ce court roman, joliment écrit, est à la fois une histoire aux tonalités fantastiques, un récit initiatique et un conte philosophique. Même si le merveilleux et le fantastique occupent une place importante, Thierry Cazals fait réfléchir essentiellement sur la réalité que nous vivons, souvent morose et difficile, et sur les mondes virtuels qui s’offrent à nous et se font envahissants. Valentin rêve d’autres mondes pour échapper au sien, comme beaucoup d’adolescents aujourd’hui. Mais il comprend aussi que ce n’est pas sa vraie vie, qu’il doit trouver qui il est et ce qu’il veut pour grandir, même s’il doit passer par l’imaginaire. Pouvons-nous nous construire sans rêves ?

Saluons aussi le travail de l’illustratrice Julia Chausson qui met en scène un monde onirique déroutant et qui fait de Valentin un Petit prince d’aujourd’hui.

(Catherine Gentile, Site Ricochet)



Valentin vit avec son papa, illustrateur animalier de livres pour enfants qui ne prête aucune attention à son fils. Sa maman est partie un jour. Pour où ? Reviendra-t-elle ? Valentin est projeté dans un monde imaginaire, il rencontre un cow-boy dompteur d'arc-en-ciel, une araignée qui se nourrit des rêves des enfants qu'elle capture. Le télescope d'images qu'elle leur plaque sur les yeux les envoie dans un univers de guerre : « ça explose, ça hurle ». L'araignée a besoin « d'émotions fortes, de frissons extrêmes pour avoir l'impression d'exister ». Malgré cette valse de rôles, Valentin est toujours aussi vide en lui. L'imaginaire constructif des mots contre la vacuité passive du virtuel… Valentin se retrouve à nouveau dans sa chambre : tout a changé, son père dessine désormais avec liberté et humour. Et si maman revenait ?…

Dans ce court roman, les mots font « l'école buissonnière », font la part belle à l'imaginaire, explorent « l'autre côté du monde », entre rêves et cauchemars, réel et virtuel. Julia Chausson brosse des illustrations au fort caractère dans le langage de la couleur et du trait : un brin de réalisme, un brin de poésie et de fantaisie. »

(Odile Bonneel, revue Inter-Cdi)