A T E L I E R S  D ‘ É C R I T U R E 

Depuis 1999, Thierry Cazals anime dans les écoles et les bibliothèques des ateliers d’écriture poétique destinés aux enfants et aux adolescents, ateliers centrés essentiellement sur la pratique du haïku.

Originaire du Japon, le haïku est une des formes poétiques les plus brèves qui soient.
(À l'origine, trois vers de 5-7-5 syllabes.)

En quelques mots, il s'agit de témoigner d’un instant d’éternité, un moment de pure émotion, sans chercher à tout décrire, tout expliquer.
École de concision et de concentration, le haïku nous permet de goûter la perpétuelle nouveauté du monde.

Affûter notre attention,
habiter pleinement l'instant présent,
redonner à notre écoute et notre regard leur pleine intensité.


Si vous souhaitez organiser un atelier-haïku ou une rencontre avec l'auteur, dans une école, une bibliothèque ou tout autre lieu, contactez Thierry Cazals : thc@o-oo.fr

Les conditions d'intervention sont celles de la Charte des Auteurs et Illustrateurs pour la Jeunesse.


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L E  H A Ï K U,  U N E  P O É S I E  D E  L A  R É S O N A N C E

La première mission de la poésie est, je crois, d'inviter les enfants à reprendre racine. Retrouver les joies de la vie en direct. C'est ce que permet notamment la pratique du haïku, ce bref poème de trois vers d'origine japonaise.

Les enfants sont d'abord surpris, déroutés par cette forme de poésie à la fois concrète et énigmatique. Le haïku, en effet, ne s'embarrasse pas d'ornementations ou de rimes fleuries, il exprime la vérité et la fulgurance d'un instant vécu. Attention extrême accordée à tout ce qui vit. Un simple caillou, un brin d'herbe, les feuilles encore verdoyantes d'un arbre déraciné...


Trois pincées de poésie dans la soupe grise du quotidien et aussitôt tout devient précieux, digne d'écoute et de respect, tout retrouve son juste prix, sa présence première, qui ne se réduira jamais à la valeur économique et marchande.

Il est bon de montrer aux enfants que, pour exister et être reconnu, on n'est pas obligé de passer son temps à acheter, consommer, posséder (avec toutes les frustrations inhérentes à cette fuite en avant). Les richesses de la poésie sont accessibles à tous.
Tout de suite. Sans limites. Il suffit de puiser dans le torrent toujours neuf de nos cœurs.

A T E L I E R S  .
 

La première vocation de la poésie est, je crois, d'inviter les enfants à “reprendre racines”. Retrouver les joies de la vie en direct. Quitter la boue des images toutes faites.


Offrir son fond, le laisser transparaître, pour reprendre la belle formule de Jean-Claude Marol.


Toutes ces exigences sont au cœur du haïku,  ce bref poème de 3 vers d'origine japonaise. Les enfants sont d'abord surpris par cette forme d'expression à la fois elliptique et concrète. Nous sommes loin des mièvreries dont on abreuve trop souvent nos bambins, cette soupe insipide assaisonnée à grand renfort d'adjectifs, de rimes et d'images fleuries. Le haïku, lui, n'a pas le temps de “faire joli”. Il traque la beauté à l'état brut, fait résonner le mystère contenu dans les sensations et les situations les plus simples : un petit détail de trois fois rien, une scène insolite observée dans la rue ou la nature…



Évidemment, les cuirasses ne tombent pas tout de suite. Certains enfants restent sur la touche, comme exilés à l'intérieur d'eux-mêmes. Il s'agit alors de les ramener à des sensations premières : l'odeur de l'herbe mouillée après la pluie, les pas qui s'enfoncent dans un tapis de feuilles mortes, la douce brûlure des flocons de neige sur le visage…


Il ne faut pas hésiter non plus à aller revisiter ce qui choque, ce qui blesse : la tempête de fin 1999 qui a arraché bon nombre d'arbres sur les hauteurs d'Aubergenville, le sentiment de solitude ou de fragilité face à la mort…


Un tronc d'arbre mort

avec une branche vivante

c'est tout


Le temps passe vite

je cours vite

je tombe vite


Hier soir

je me suis arrachée une dent

le soleil sur la rosée



Peu à peu, les sensations vraies remontent à la surface.


Là où il y avait absence et inhibition, la vie se remet à pétiller, jaillir, s'inventer sous nos yeux. Pas de fioritures ou d'ornementation inutile. Il s'agit de plonger directement au plus vif de l'expérience.


En hiver

il fait pitié

le toboggan


Perdu dans la montagne

près d'une rivière, un garçon

l'air frais l'attire


Je me promène

les pieds dans la rosée

c'est mon cœur qui brille



Finalement, après plusieurs semaines, tous les enfants — quel que soit leur niveau scolaire — ont fait leur premier pas sur la voie du haïku.


Joie de partager des émotions intenses… Attention extrême accordée à tout ce qui vit… Un simple caillou, un modeste brin d'herbe, les feuilles encore verdoyantes d'un arbre déraciné… Tout devient précieux, digne d'écoute et de respect, tout retrouve son “juste prix”, sa présence première, qui ne se réduira jamais à la valeur économique et marchande…



Il est bon de montrer aux enfants que pour exister et être reconnu, on n'est pas obligé de passer son temps à acheter, consommer, posséder (avec toutes les frustrations inhérentes à cette fuite en avant).


Les richesses de la poésie sont accessibles à tous. Tout de suite. Sans limite. Il suffit de puiser dans le torrent toujours neuf de nos cœurs…



La mousse, une pierre dure

c'est différent

mais c'est la nature


Un papillon jaune

veille dans le ciel

se pose sur un arbre


À quoi rêvent-ils

dans les fleurs

les oiseaux de nuit ?

 

Cette aventure, on s'en doute, est l'occasion de profondes transformations chez les enfants. Ils redécouvrent la joie de se dévoiler, sortir des images étriquées dans lesquelles ils s'enferment souvent les uns les autres.


Je me souviens d'un garçon de Z.E.P. jouant les caïds qui s'était donné comme nom de poète : pitbull.


Tout un programme ! Après quelques instants de partage, il s'est approché de moi, avec une petite voix fragile, me confiant qu'il était en fait une petite souris grise. Il avait suffi d'un simple changement de nom pour que ce soi-disant sauvageon entrebâille la porte de son monde secret…



Je revois aussi ce petit garçon au physique frêle qui subissait jusqu'ici avec résignation son surnom de nain de jardin. Suite à l'atelier, il a pu lui-même se rebaptiser Plume d'aigle. Une plume, certes encore petite, mais qui appartenait désormais à un grand oiseau ! Écoutons le chant de ce jeune aigle :






Je marche sur une ombre

est-ce la mienne

ou la tienne grand arbre ?


Dans le lac

les poissons sautent, les carpes plongent

Je résiste à les suivre


Sous l'orage

chantons, dansons

la danse de l'éclair






Au fur et à mesure de cette danse, le décor des HLM d'Aubergenville, d'habitude un peu triste, est devenu un véritable terrain de jeux où les enfants ont recommencé à dialoguer avec les cailloux, le gel, les gouttes de rosée, les arbres déracinés, l'ombre des oiseaux…



Pratiquée ainsi, la poésie n'est pas seulement un art du langage. C'est aussi et avant tout une école d'incarnation.


C'est ainsi : le Verbe n'est rien sans le corps.

Le savoir n'est rien sans le ressentir.

La vérité n'est rien sans le vertige.



La vraie vocation de la poésie n'est pas d'enjoliver le monde pour nous le rendre plus supportable, mais d'intensifier notre présence, nous rendre plus dense, plus souple, plus vif, plus affûté, tel un échassier immobile dans le courant d'une rivière…


Un héron

bec ouvert

plonge



Après avoir plongé au cœur du vide, toutes les rencontres, toutes les aventures sont possibles. Un crabe perché sur un rocher inondé de soleil… Un ours blanc creusant un trou au milieu de la banquise… Le contour des voitures effacé par le brouillard…



Le haïku agit comme un creuset  unifiant les multiples facettes de notre moi-Frankenstein.


Ciel vaste, flaque gelée, reflet de la lune sur une boîte de conserve rouillée, ombre légère du papillon… Au-delà des brisures, des cassures de surface, se trouve cet état d'unité et de limpidité qui transcende toutes les violences.



Là, dans cet espace libre et vertigineux, il n'y a plus ni enfant ni adulte, ni enseignant, ni enseigné. Juste des apprentis-terriens…


Alors, à qui le tour de jouer ?

Tous les haïkus cités dans ce texte ont été écrits par des enfants de 6 à 13 ans, lors d'un atelier co-animé avec Claire Landais et Claire d'Aurélie, à la Maison de Tous d'Aubergenville. Ce travail a donné lieu à un mini-livre publié aux éditions Biotop.

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